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Histoire des Géants portés de la région 25

Jehan et Constance de Calais, une histoire d’amour !  

Constance et Jehan de Calais

Constance et Jehan de Calais

Calais est une commune française, sous-préfecture du département du Pas-de-Calais, en région Hauts-de-France. Située face au sud-est de l’Angleterre, son port et le tunnel sous la Manche en font la principale ville française de liaison avec la Grande-Bretagne.

Constance et Jehan de Calais

Après une « traversée du désert » – un phénomène auquel ils sont accoutumés les géants Jehan de Calais et Constance de Portugal ont fait leur réapparition en mars 1994. Depuis cette date, on les a revus, ici et là, soit défilant, soit en présence statique, lors de manifestations folkloriques ou historiques.

La légende de Jehan et de Constance est assez belle pour servir de prétexte à la création de géants. Un comité du Vieux Calais, présidé par M. Lesur, juge de paix, inaugure un géant à l’image du brave Calaisien que l’on sort pour la première fois le 26 mai 1901, aux fêtes de la Pentecôte. L’année suivante, Constance fait son apparition.

Le mariage des deux géants est célébré symboliquement le 29 juin 1902, place Crèvecœur, en présence d’un troisième géant, Jean-Louis, venu du Courgain-Maritime. Le bailli, des échevins, un seigneur de Calais et un ambassadeur du Portugal, ont pris place au balcon de l’hôtel de ville, qui deviendra le Palais de Justice quelques années après la Grande Guerre. La chorale des instituteurs chante une cantate nuptiale avant qu’un défilé ne conduise les géants jusqu’à la place d’Armes.

La vie commune des jeunes mariés ne dure guère. Au cours de la guerre 1914-1918, des soldats, grelottant dans leurs cantonnements, s’en servent pour faire du feu ! Après l’armistice, la crainte naît de ne plus revoir de géants en raison des fils électriques et des câbles du tramway, qui surplombent la chaussée et gênent la circulation des géants. Heureusement, le comité La Fayette est présidé part un commerçant dynamique, Albert Lapôtre. Grâce au bénéfice de plusieurs fêtes, des fonds sont recueillis qui permettent d’envisager la résurrection des géants. Leur reconstitution est confiée au sculpteur Georges Regnault.

La taille des deux géants ne dépasse pas cinq mètres.

Jehan est coiffé d’un casque d’argent surmonté d’un panache rouge. Une cuirasse argentée lui emprisonne la poitrine. Le bas de son corps est enveloppé dans une ample robe de velours grenat. La main droite s’appuie sur une épée, la main gauche tient un bouclier avec les armes de Calais.

Constance, couronnée comme une princesse, offre un visage empreint de douceur. Vêtue d’un corsage à encolure carrée et d’une jupe de velours bleu, elle séduit par sa sérénité. Le premiers géants avaient coûté 500 et 700 francs. Ceux-là valent 22.000 francs.

Le couple fait son retour à Calais le 2 juillet 1933 et préside à des réjouissances fort réussies. La fête se termine par la Marche de Jehan de Calais, musique de Marcel Dupont, paroles de Marcel Rouillard, chantée par le baryton Henri Lemaire.

Dans les années qui suivent, les géants faillirent connaître un mauvais sort car le fisc prétend les saisir et les mettre aux enchères publiques à la suite d’un différend avec le comité La Fayette. Cet incident, heureusement réglé avant l’échéance, n’empêche point Jehan et Constance de figurer à un cortège à Lille et à un autre à Saint-Omer. Leur dernière sortie est pour Le Touquet en 1938.

Avec la Seconde Guerre mondiale, les deux géants s’endorment dans le calme d’un hangar qui sera heureusement épargné par les bombes. Pour échapper au vandalisme, on les a un peu « dispersés » : une tête chez celui-ci, une robe chez celui-là. Après la Libération, leur père spirituel Albert Lapôtre, ne perd pas de vue leur renaissance, mais il y a des douleurs à apaiser, des tâches plus urgentes à accomplir.

En 1952, la nouvelle de la réapparition de Jehan et de Constance se répand en ville. Ironie du sort, on ne sait pas s’ils pourront circuler dans leur fief, sur le boulevard La Fayette. La chaussée est transformée en chantier à cause de l’enlèvement des rails de tramway. Qu’on se rassure, la remise en état fut terminée à temps.

Le retour coïncide avec leurs noces d’or puisque le mariage a eu lieu cinquante ans plus tôt ! L’artiste-peintre François Couteau a restauré les deux têtes et rafraîchi les couleurs. Le 27 juillet 1952, les géants effectuent leur première sortie d’après-guerre. Le matin, ils se rendent à la mairie écouter le carillon jouer en leur honneur « La Marche de Jehan de Calais ». L’après-midi, ils président une grande fête avec la présence d’autres géants Gédéon et Arthurine de Bourbourg, Roland, d’Hazebrouck, Gargantua de Bailleul, etc.

Le monde des géants est bien triste quand meurt le 17 juillet 1955, Albert Lapôtre, quinze jours avant la fête annuelle du quartier, date de sortie traditionnelle des géants. Les festivités sont maintenues en hommage à celui qui a ressuscité Jehan et Constance.

Quand de nouvelles distractions sonnent le glas des fêtes de quartier et des rassemblements populaires, bridés par les impératifs d’une circulation automobile de plus en plus envahissante, Jehan et Constance prennent tristement leur retraite. Brinquebalés de hangar en dépôt, du nord au sud. ils se dégradent un peu plus à chaque déménagement. Le comité La Fayette étant lui-même entré en léthargie, ses dirigeants ne veulent pas voir disparaître les géants dont le sort leur paraît inéluctable. En 1994, ils prennent la décision de les offrir à la société historique des Amis du Vieux Calais. Avec l’aide des services de la Chambre de commerce et d’industrie, notamment des décorateurs du théâtre, les géants retrouvent une nouvelle jeunesse.

Leur première sortie, le 26 mars 1994, égaie le carnaval des enfants des écoles Franklin et Stéphenson qui ont participé à leur résurrection. Un peu plus tard, ils se déplacent à Guînes pour le baptême du géant consacré au roi d’Angleterre Henry VIII, qui séjourna dans la commune lors de la fameuse entrevue du Camp du Drap d’Or.

Depuis, Jehan et Constance sont réapparus à diverses occasions. Si l’on prend soin d’eux, ils ont encore de belles années devant eux à parader au milieu des réjouissances populaires. Avec eux, c’est une page d’histoire qui défile, sortie des poussières de l’oubli, orchestrée par les cloches carillonnées et les fanfares joyeuses. Longue vie à Jehan de Calais et Constance de Portugal.

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