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Roto Alba France a été liquidée, les dix salariés licenciés

Pour La Voix du Nord, Publié le 10/06/2015

Par Anne-Charlotte Pannier

Les machines n'ont pas tourné depuis novembre 2013

Les machines n’ont pas tourné depuis novembre 2013

Un an après son rachat par un groupe d’édition italien, l’imprimerie nieppoise est de nouveau liquidée. Les éventuels repreneurs ont jusqu’à la fin du mois pour se faire connaître. Si deux noms circulent, les dix salariés licenciés ne sont plus très optimistes.

La liquidation de Roto Alba France a été prononcée en chambre du conseil le 25 mai par le tribunal de commerce de Lille métropole. Une décision autant attendue par les salariés, plus payés depuis février, que par la direction italienne qui nous avait confié « ne plus avoir les moyens de continuer seule » (lire ci-dessous). Conséquence directe de cette liquidation, les dix salariés qui avaient été repris par l’imprimerie ont reçu leur lettre de licenciement mardi. Avec effet le 25 juin ; date qui correspond aussi à la limite de dépôt de dossier pour les éventuels repreneurs.

Deux noms circulent. La SCOP de Corbeil-Essonnes, Helio Corbeil, qui hésiterait actuellement entre l’imprimerie de Mary-sur-Marne (en redressement judiciaire et dirigée par Dominique Donghi, l’ancien patron d’H2D Lys) qui pourrait être intéressée par la 3,88. Une machine unique en France et l’une des plus récentes du parc européen. Deuxième nom qui circule : une filiale de CirclePrinter’s, Helio Charleroi, qui dirigeait la société de Mary avant sa mise en liquidation judiciaire et sa reprise par Dominique Donghi. Deux projets auxquels les salariés ne croient plus beaucoup. « Si début novembre l’activité n’a pas repris sur le site de Nieppe, ce sera la fin de l’aventure nieppoise. » Si le liquidateur judiciaire en charge du dossier n’a pas souhaité communiquer, le propriétaire des machines, Jean Valli, n’a pas vraiment foi en la reprise. « Aucune de ces deux sociétés ne m’a contacté alors que je suis quand même le propriétaire des machines. » Des machines parmi lesquelles la 3,88 qui, selon Jean Valli, « perturbe l’équilibre du marché français » (lire ci-dessous). L’avocat de la direction a, quant à lui, précisé que si repreneur il y avait, « il bénéficierait des lourds investissements déjà réalisés » par les Italiens, sans pour autant les chiffrer.

Peu de travail, beaucoup d’acteurs

D’ici au 25 juin, date limite de dépôt de dossier pour les éventuels repreneurs, les salariés feront acte de présence dans la zone d’activité des Trois-Tilleuls. Ils pourront bénéficier d’un accompagnement pendant un an et des indemnités chômage pendant deux ans ensuite mais ont néanmoins beaucoup perdu dans la bataille. Et les perspectives sont sombres. « Il y a peu de travail dans l’imprimerie et beaucoup de monde sur le marché. » En témoigne ce chiffre : sur les 123 salariés licenciés d’H2D Lys en 2013, seuls dix-sept ont retrouvé un emploi. Et pas forcément dans l’imprimerie.

Seule bonne nouvelle aujourd’hui, les dix employés devraient recevoir d’ici la semaine prochaine, l’ensemble des salaires qui ne leur ont pas été versés depuis le début d’année. Une bouffée d’oxygène.

Et les machines?

Roto Alba France, comme H2D Lys avant elle, ne possède ni le site de production, ni les machines. Le site appartient à la SCI des Ormes et les machines à Entagos (courtier en papier et plateforme d’édition). Si le propriétaire du site n’a pas souhaité s’exprimer sur la liquidation et le devenir du site, Jean Valli, président d’Entagos, a été plus bavard : « Nous sommes dans une situation attendue. » Entagos n’a jamais perçu un loyer pour les machines depuis octobre 2014, soit près de 500 000 € pour lesquels des procédures de relance ont été mises en place. En cas de non reprise, que deviendront les trois machines du site alors que la plus convoitée, la 3,88, nécessiterait, selon nos sources, 1,8 million d’euros juste pour être démontée ? Jean Valli travaille sur plusieurs hypothèses : le démantèlement des machines, leur vente à la casse « et d’autres idées. Mais il est trop tôt pour les évoquer ».

Le groupe italien vacille

Roto Alba Italie a été liquidée. Si cette entreprise est indépendante de Roto Alba France, elle fait partie du même groupe italien, Guido Veneziani Editore, dont le président, d’après notre consœur italienne, Martina Castigliani a été mis en examen par le parquet d’Asti pour « banqueroute et banqueroute frauduleuse pour l’affaire Roto Alba Italie ». Toujours selon elle, Veneziani aurait démissionné du conseil d’administration du groupe et ne serait plus l’actionnaire principal de L’Unità (journal du parti démocratique de Matteo Renzi).

Les épisodes précédents

H2D Lys, liquidée en novembre 2013, après des mois de négociations, a été rachetée en avril 2014 par Roto Alba France, qui fait partie d’une holding italienne issue des métiers de l’impression. Montant de la transaction gérée par le liquidateur judiciaire Jérôme Theetten : 170 001 €.

Roto Alba France, qui a embauché dix salariés, a travaillé pendant des mois à la remise en état des machines en vue d’une reprise d’activité. Alors que le business plan prévoyait soixante-dix emplois (H2D Lys en comptait 123), Roto Alba France a été placée en liquidation judiciaire fin mai, à la demande des actionnaires et de la direction, mais aussi des salariés.

Un dénouement que le conseil de la direction italienne Me Tomasin explique largement par « les différentes procédures judiciaires qui ont opposé l’entreprise à la SCI des Ormes propriétaire de l’usine », et pour lesquelles le tribunal a statué à deux reprises en faveur de Roto Alba France. Un argument partagé par les salariés qui ajoutent tout de même : « Leur politique d’investissement en Italie a eu des conséquences ici. » A.-C. P.

 

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