Delacre fera travailler des intérimaires, mais pas les habitués
pour La Voix du Nord, Publié le 27/05/2014
Par Delphine Tonnerre
C’est un peu la douche froide pour la soixantaine d’intérimaires qui avaient l’habitude depuis des années, cinq, dix, jusqu’à dix-huit ans, de venir travailler en intérim dans l’entreprise Delacre à Nieppe à partir du mois de juin. L’entreprise de petits gâteaux a décidé de faire travailler d’autres personnes à leur place. Explications.
Si un intérimaire cumule dix-huit mois d’activité, il peut, en théorie, demander la requalification de son contrat en CDI devant les Prud’hommes.
Cette mesure, qui doit protéger le salarié, risque de priver des personnes de travail pendant les prochains mois. « Je comptais vraiment là-dessus. Ça fait des années qu’on nous reprend, qu’on est contents de nous, et là, on nous dit au dernier moment que non, ça ne sera pas possible… », témoigne cet intérimaire qui souhaite garder l’anonymat. « Ils auraient dû nous prévenir dès l’an dernier », estime-t-il.
La situation, quelle est-elle ? Delacre a un surcroît d’activité pendant les mois d’été et au début de l’automne (notamment pour préparer les boîtes de fin d’année). Depuis des années, c’était une habitude : les mêmes salariés revenaient en intérim pour renforcer les équipes. Pendant deux, trois, quatre, parfois cinq mois.
« Cest quoi l’intérêt ? »
Reste que même si Delacre est parfaitement dans son droit, pour les intérimaires habituels, la nouvelle est dure à accepter. « On était formés, on faisait du bon travail. Là, ils forment de nouvelles personnes… Du coup, ils vont redémarrer à zéro à devoir former des nouveaux intérimaires. C’est quoi l’intérêt ? », demande ce jeune Armentiérois.
Du côté de l’agence d’intérim, Start people à Armentières, on ne souhaite pas commenter cette situation. Delacre est et reste un client, avec lequel la société ne souhaite pas avoir de problème. « S’ils souhaitent communiquer, c’est à eux de la faire, pas à nous… Nous ne pouvons pas divulguer d’éléments sur les contrats. », nous répond-on poliment.
Contexte pas euphorique
Catherine Lambert, salariée depuis 1971 à l’enroulage (à Nieppe, on fabrique notamment la fameuse cigarette russe), a un temps occupé des fonctions syndicales à la CFDT. Elle précise que le syndicat n’est aujourd’hui pas majoritaire (les élections ont été gagnées par la CGT).
L’activité se maintient chez Delacre, même si comme partout, le contexte n’est pas euphorique. Elle souligne que l’annualisation de l’activité (avec des amplitudes de travail comprises généralement entre 22 et 39 heures) les a fait cette année passer par une semaine avec zéro heure en avril, ce qui témoigne d’une activité pour le moins au ralenti.
« Il faut qu’il y ait assez de travail »
Elle comprend malgré tout la position de la direction, même si elle perçoit aussi le désarroi des anciens intérimaires. « En même temps, ils ne pouvaient pas tout attendre de Delacre… Pour eux c’est difficile, mais déjà pour nous, il faut qu’il y ait assez de travail… », explique-t-elle.
Aucun commentaire de la société Delacre
Du côté de la société Delacre, malgré plusieurs appels et mails de notre part depuis une semaine pour mieux comprendre cette situation, aucune réponse ne nous a été apportée.
La société Delacre exploite le site de Nieppe, situé rue Bellevue, depuis 1961. Il s’agit d’un outil industriel qui a été racheté par Campbell soup en 1960, puis par le groupe Union biscuits, qui compte une quinzaine de sites, depuis 1998.
En 2011, La Voix du Nord leur avait consacré un article, qui évoquait 11 500 tonnes de biscuits fabriqués par an à Nieppe, 330 salariés toute l’année, et jusqu’à 500 en période de pice de production.







