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Jean-Claude Delpierre   a écrit « On a tout perdu » (réf: La VdN du 3/10/2013)

« On a tout perdu ! » c’est l’exclamation de Charles Picavet retrouvant en 1920 sa maison

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Jean-Claude Delpierre nous raconte la vie des nieppois

détruite, aux Quatre-As, un quartier de Nieppe rayé de la carte par la guerre de 1914. Jean-Claude Delpierre a recueilli patiemment des témoignages d’anciens, de 1900 à 1920, depuis 1982. Une sélection de ces articles, publiés dans le bulletin municipal, à partir de 2002, augmentée d’autres et enrichie, est rassemblée dans un ouvrage, le premier publié par l’association d’histoire locale, Niepkerke, par souscription. Jean-Claude Delpierre est un Nieppois de souche, ex-instituteur, qui aime raconter

« C’était des cassettes en ce temps-là » : Jean-Claude Delpierre n’évoque pas 1914 mais les années 80. En allant faire le plein
d’essence en Belgique, comme tout frontalier, il revenait avec une cassette gratuite. Instituteur à Saint-Louis, l’école où il avait étudié, il interroge ses élèves sur leurs grands-parents. « J’aimais l’histoire, je me disais c’est bête toute cette mémoire qui s’en va. »

Dans sa famille, le grand-père Deweine, menuisier charpentier, est une mine de souvenirs. Dès 1982, il amasse ainsi une matière vivante de témoignages sur la guerre de 14 à Nieppe et sur la vie avant-guerre. Au bout de quatre ans, il arrête mais reprend sa collecte la retraite venue, en 2002. Une cinquantaine de portraits de Nieppois de jadis s’inscrivent dans les colonnes du bulletin municipal.

Depuis deux ans, le projet de publier un ouvrage germe. La société d’histoire locale, Niepkerke, l’approuve et décide de le publier en ouvrant une souscription. Quinze témoins sont retenus. Avec Jules Liéfooghe, allumeur de réverbères, rue de la Gare, on fait la tournée des estaminets.
Julien Heyte, 104 ans, remémore l’entrée des Uhlans au Romarin. La découverte des carnets de Marie Houcke, en 2010, est précieuse : « Elle racontait au jour le jour (600 pages) ce qui s’est passé pendant la guerre ». La fraternisation de Noël des soldats ennemis n’y est pas bien vue.

Henriette Lefebvre et Céline Sence se souviennent des alertes au gaz, l’ypérite, dès avril 1915 : « Quand c’était le gaz, c’était tout le monde à l’étage (le gaz était lourd) ; quand c’était les bombes, tout le monde à la cave ». Pour Julien Heyte, c’était du « jaune partout ».

La correspondance de Louis Jeanson, patron de tissage, livre des images amusantes : les cuves de la blanchisserie servaient de bains aux Anglais, présents d’octobre 1914 à avril 1918. En août 1917, le Pont de Nieppe est évacué et Zulmée Messine part pour la Colonie de la Lys à Tombebouc, dans le Lot-et-Garonne. De Désiré Vroeman, mort au champ d’honneur, restent ses courriers. Du 11 novembre 18, Marcel Mahieu se souvient du clocher de l’église, secoué à force de sonner à toute volée pour fêter l’armistice, un écho enfin heureux du sinistre tocsin du 1er août 1914. Durant la guerre, deux cent cinquante jeunes Nieppois ont péri au combat et cinquante civils ont succombé sous les bombardements.

Les cartes postales de Pascal Corda illustrent un texte enrichi « d’encarts » sur la vie d’avant-guerre, les moulins à vent, le tramway électrique, l’inventaire de l’église, en 1906, au moment de la séparation de l’Église et de l’État, le Pont et le Bourg, deux quartiers séparés alors par la campagne et qui auraient pu devenir deux entités tant la population était
différente, ouvrière pour l’un, bourgeoise et agricole dans l’autre, la Maison Blanche et ses châtelains… Le livre se termine sur Émile Padou, né en 1918, dont le père était concierge du maire d’alors, Henri Vanuxeem ; c’est la reconstruction.

Pour soutenir la publication du livre, une souscription de 15 euros est demandée. La parution est prévue en février à l’imprimerie Presse flamande à Hazebrouck.

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